Page:Champfleury-Baudelaire-Toubin - Le Salut public, 1970.djvu/11

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


ment le citoyen Raspail de ne pas encore user de son droit.

De grâce, de grâce, ne préjugeons rien contre le gouvernement. Surveillons-le sévèrement et que les millions d’yeux de la Nation soient nuit et jour braqués sur lui ; mais ne troublons pas son action par des défiances prématurées. S’il ne va pas droit, haro ! s’il va droit, bravo ! dans un cas comme dans l’autre, ne le jugeons que sur ses actes, il y va du salut public. Les accusations de tendances, laissons-les à l’immoral gouvernement que nous venons de jeter à bas ; elles sont indignes de Républicains. Des hommes de 93, ne prenons que leur foi ardente à la République et leur admirable dévouement à la patrie ; surtout ne recommençons ni Marat, ni Chabot, ni aucun de ces infatigables flaireurs de mauvaises intentions. C’est ainsi seulement que nous préserverons notre jeune République des mille périls qui menacent son berceau.


----


LE JOURNAL CONSERVATEUR DE LA RÉPUBLIQUE.

Il faut rendre justice a qui de droit, maintenant que nous avons le temps.

Le citoyen Girardin se conduit admirablement. Au milieu du trouble, du désordre qui envahissent momentanément toutes choses publiques et particulières, le journal du citoyen Girardin est mieux fait que jamais. Cette habileté connue, cette aptitude rapide et universelle, cette énergie excessive, tout cela tourne au profit de la République.

Tous les jours les questions importantes et actuelles sont mâchées dans la Presse.

Le citoyen Girardin prend pour devise : une idée par jour !

Son journal, jusqu’à présent, dit ce que tout le monde pense.

Lundi le citoyen Girardin a été le premier au rendez-vous sur la tombe d’Armand Carrel.


----


LA CURÉE.

Indignation ! Nous venons des ministères, de l’Hôtel-de-Ville et de la préfecture de police : les corridors sont remplis de mendiants de place. On les reconnaît à la bassesse de leurs figures empreintes de servilisme.

Non, ce ne sont pas là des Républicains ; un Républicain s’attache à mériter les emplois et ne s’inquiète pas de les obtenir. Les pavés de nos rues sont encore rouge du sang de nos pères morts pour la liberté ; laissons, laissons au moins à leurs ombres généreuses un instant d’illusion sur nos vertus. Encore si ces insatiables dévoreurs de la République avaient combattu avec nous pour son triomphe ; mais celui qui gravit si lestement l’escalier d’un ministre, celui-là, soyez-en sûrs, n’était pas aux barricades.

Patience ! Nous vous arracherons le masque, hommes infâmes ; vous ne jouirez pas longtemps du prix de vos bassesses.


----


LA PREMIÈRE ET LA DERNIÈRE.

En 89, l’éducation morale du peuple était nulle ou à peu près. — Aujourd’hui le peuple connaît et pratique ses devoirs à faire honte à bien des ex-nobles et à bien des bourgeois.

En 89, la noblesse et le clergé combattirent avec fureur la révolution. — Aujourd’hui, jusqu’à fait contraire, il n’y a que des républicains en France.

En 89, une fraction de la nation émigra et prit les armes contre la République. — Aujourd’hui personne n’émigre, pas même le sieur Thiers, dont la République se passerait cependant bien volontiers.

En 89, la société était rationaliste et matérialiste. — Aujourd’hui elle est foncièrement spiritualiste et chrétienne.

Voilà pourquoi 93 fut sanglant. — Voilà pour-