Page:Charbonneau - Fontile, 1945.djvu/122

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petite Chamel, il était à peine différent de Laroudan ou de Mareux. Mais alors que j’avais sévèrement jugé ces deux derniers, la conduite de Bonneville me faisait réfléchir.

J’allais perdre Armande, comme j’avais perdu Lorraine, parce que je vivais en dehors de la réalité. Je lui tendais les bras dans mon imagination, mais me conduisais extérieurement comme un indifférent. Lorraine avait été la première femme timidement désirée. Auparavant, j’avais eu des amies. Mais c’étaient des adolescentes dont les parents étaient amis des miens ou des cousines. Je les accueillais comme les autres camarades. L’idée que l’une d’elles pût m’inspirer autre chose que de l’affection ne m’effleurait même pas.

Durant les vacances, je n’avais jamais pris part aux randonnées organisées par des jeunes gens et des jeunes filles. D’un naturel peu communicatif et ayant à cette époque peu d’argent de poche, je m’excusais. Quand on insistait, j’alléguais un devoir à terminer ou la lecture d’un ouvrage qui me passionnait.