Page:Charbonneau - Fontile, 1945.djvu/123

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— Vous aurez bien le temps plus tard de lire tous ces livres, disait prophétiquement Gilberte Berthomieu.

Un jour, elle avait prétexté un malaise pour ne pas suivre les autres. Elle m’avait demandé de la reconduire. « L’air, disait-elle, et la marche lui feraient du bien. » Nous étions revenus par le chemin le plus long. Je n’avais deviné que sa pitié.

La conduite de Lorraine me paraissait maintenant avoir été dictée par le même sentiment. Je me rappelais la facilité avec laquelle elle offrait de menus plaisirs, à sa disponibilité dans les jeux, à l’intention qu’elle mettait dans un frôlement de main quand nous échangions un objet. Je commençais à sentir le prix de tout cela. Mais de nouveau, avec Armande, je ne savais pas en profiter. J’étais comme un cavalier, monté sur un cheval emporté et qui regarde en arrière. Cette image me parut la cristallisation de ma destinée incontrôlée.