Page:Charbonneau - Fontile, 1945.djvu/23

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raissant vérifier le fonctionnement de sa vue puis, hochant sa tête blanche et ridée, elle pensait à autre chose.

Le dimanche, toute la famille quittait Fontile en voiture, à l’exception de grand-père qui détestait les visites et que tout déplacement fatiguait. Même quand j’eus l’âge de manifester des préférences je n’échappai pas à ces sorties.

Au retour, ma grand’mère préparait le dîner, qui se composait invariablement d’un rôti. Elle occupait le haut de la table, servait elle-même pendant que mon grand-père, à l’autre bout, souriait finement. Mes parents et les invités étaient servis selon leur âge et sans distinction de sexe. J’occupais une chaise déhanchée et branlante en face de la cheminée et près de grand-père. Toutes les chaises branlaient et il fallait en essuyer le siège avec son mouchoir.


Légèrement obèse, mon père était reconnaissable de loin à sa moustache noire et aux sourcils broussailleux qui envahissaient le front, le