Page:Charles Perrault - Les Contes de Perrault, edition Feron, Casterman, 1902.djvu/59

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Le fils du roi dans ce charmant séjour
Venait souvent, au retour de la chasse,
Se reposer, boire à la glace
Avec les seigneurs de sa cour.

Un jour, le jeune prince, errant à l’aventure
De basse-cour en basse-cour,
Passa dans une allée obscure
Où de Peau d’Ane était l’humble séjour.
Par hasard il mit l’œil au trou de la serrure.
Comme il était fête ce jour,
Elle avait pris une riche parure
Et ses superbes vêtements.
Qui, tissus de fin or et de gros diamants,
Égalait du soleil la clarté la plus pure.

Il s’enquit quelle était cette nymphe admirable
Qui demeurait dans une basse-cour,
Au fond d’une allée effroyable.
Où l’on ne voit goutte en plein jour.
C’est, lui dit-on, Peau d’Ane, en rien nymphe ni belle.
Et que Peau d’Ane l’on appelle
A cause de la peau qu’elle met sur son cou,
A la passion vrai remède,
La bête en un mot la plus laide
Qu’on puisse voir après le loup.
On a beau dire, il ne saurait le croire ;
Les traits dans son esprit tracés,
Toujours présents à sa mémoire.
N’en seront jamais effacés.

Cependant la reine sa mère.
Qui n’a que lui d’enfant, pleure et se désespère ;
De déclarer son mal elle le presse en vain ;
Il gémit, il pleure, il soupire ;
Il ne dit rien, si ce n’est qu’il désire
Que Peau d’Ane lui fasse un gâteau de sa main ;
Et la mère ne sait ce que son fils veut dire.
« O ciel ! madame, lui dit-on.
Cette Peau d’Ane est une noire taupe.
Plus vilaine encore et plus gaupe