Page:Charles Perrault - Les Contes de Perrault, edition Feron, Casterman, 1902.djvu/60

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Que le plus sale marmiton.
— N’importe, dit la reine, il le faut satisfaire,
Et c’est à cela seul que nous devons songer. »
Il aurait eu de l’or, tant l’aimait cette mère,
S’il en avait voulu manger.

Peau d’Ane donc prend sa farine,
Qu’elle avait fait bluter exprès
Pour rendre sa pâte plus fine,
Son sel, son beurre et ses œufs frais ;
Et, pour bien faire sa galette.
S’enferme seule en sa chambrette.
D’abord elle se décrassa
Les mains, les bras et le visage.
Et prit un corps d’argent, que vite elle laça,
Pour dignement faire l’ouvrage,
Qu’aussitôt elle commença.

On dit qu’en travaillant un peu trop à la hâte,
De son doigt, par hasard, il tomba dans la pâte
Un de ses anneaux de grand prix ;
Mais ceux qu’on tient savoir le fin de cette histoire
Assurent que par elle exprès il y fut mis ;
Et pour moi, franchement, je l’oserais bien croire.

On ne pétrit jamais un si friand morceau ;
Et le prince trouva la galette si bonne,
Qu’il ne s’en fallut rien que, d’une faim gloutonne,
Il n’avalât aussi l’anneau.
Quand il en vit l’émeraude admirable,
Et du jonc d’or le cercle étroit,
Qui marquait la forme du doigt.
Le prince fut touché d’une joie incroyable ;
Sous son chevet il le mit à l’instant ;

Mais on voulut le marier.
Il s’en fit quelque temps prier ;
Puis dit : « Je le veux bien, pourvu que l’on me donne
En mariage la personne
Pour qui cet anneau sera bon. »
A cette bizarre demande,