Page:Charles Perrault - Les Contes de Perrault, edition Feron, Casterman, 1902.djvu/67

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De l’aller placer sur un trône
Avec un nez plus long qu’une aune.
Il faut l’écouter sur cela,
Et qu’elle-même elle soit la maîtresse
De devenir une grande princesse,
En conservant l’horrible nez qu’elle a,
Ou de demeurer bûcheronne
Avec un nez comme une autre personne,
Et tel qu’elle l’avait avant ce malheur-là. »

La chose bien examinée,
Quoiqu’elle sût d’un sceptre et la force et l’effet,
Et que, quand on est couronnée,
On a toujours le nez bien fait ;
Comme au désir de plaire il n’est rien qui ne cède,
Elle aima mieux garder son bavolet
Que d’être reine et d’être laide.

Ainsi le bûcheron ne changea point d’état.
Ne devint point grand potentat,
D’écus ne remplit point sa bourse ;
Trop heureux d’employer son souhait qui restait,
Faible bonheur, pauvre ressource !
A remettre sa femme en l’état qu’elle était.

Bien est donc vrai qu’aux hommes misérables,
Aveugles, imprudents, inquiets, variables,
Pas n’appartient de faire des souhaits ;
Et que peu d’entre eux sont capables
De bien user des dons que le ciel leur a faits.



FIN.