Page:Charles Perrault - Les Contes des fees, edition Giraud, 1865.djvu/210

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enfans, qui estoient à la porte, l’ayant entendu, se mirent à crier tous ensemble :

« Nous voyla ! nous voyla ! »

Elle courut viste leur ouvrir la porte, et leur dit en les embrassant :

« Que je suis aise de vous revoir, mes chers enfans ! Vous estes bien las, et vous avez bien faim ; et toy, Pierrot, comme te voyla crotté, viens que je te débarboüille. »

Ce Pierrot estoit son fils aîné, qu’elle aimoit plus que tous les autres, parce qu’il estoit un peu rousseau, et qu’elle estoit un peu rousse.

Ils se mirent à table, et mangerent d’un apetit qui faisoit plaisir au pere et à la mere, à qui ils racontoient la peur qu’ils avoient eüe dans la forest, en parlant presque toûjours tous ensemble. Ces bonnes gens étoient ravis de revoir leurs enfans avec eux, et cette joie dura tant que les dix écus durerent. Mais, lorsque l’argent fut dépensé, ils retomberent dans leur premier chagrin, et résolurent de les perdre encore, et, pour ne pas manquer leur coup, de les mener bien plus loin que la premiere fois.

Ils ne purent parler de cela si secrettement qu’ils ne fussent entendus par le Petit Poucet, qui fit son compte de sortir d’affaire comme