Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/182

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tiennent communément de fort belles maisons, toutes bâties en briques, suivant l’usage du pays.

L’architecture est de la même étoffe. On construit dans la Lombardie à peu de frais avec des briques figurées exprès, enduites par dessus d’un mortier très-fin. Cela dure plus qu’on ne le croiroit, mais infiniment moins que la pierre, et, dans le vrai, on feroit mieux de n’employer de pareils matériaux que dans les lieux à couvert des injures du temps. Les portiques dont je vous parle sont fort larges, pavés de briques, et douze personnes de front peuvent y marcher à couvert et à leur aise ; mais, comme si ce n’eût pas été assez d’en garnir toute la ville, on en a construit un autre au dehors, qui, commençant à une des portes, va, grimpant jusque sur le sommet d’une montagne assez haute, se terminer à une petite église où la dévotion est fréquente. Ce benoît portique n’a pas moins d’une lieue de long. Dans l’endroit où la plaine finit, pour gagner plus doucement la montagne, on a jeté une espèce de pont qui soutient un beau péristyle couvert d’un dôme et qui sauve très-artistement l’irrégularité du terrain. Ce seroit un morceau digne des Romains, si, au lieu des méchans piliers carrés accouplés qui forment ce portique, on y eût employé des colonnes de bon goût ; mais, tel qu’il est, il n’est pas moins surprenant par son exécution que par son motif. L’endroit où il se termine renferme la véritable Madone peinte, m’a-t-on dit, par Saint-Luc. Il y en a plus de cent en Italie ; mais on soutient que celle-ci est la bonne. On la porte solennellement en procession une fois l’an à Bologne. Misson prétend que si on ne l’y apportoit pas, elle y viendroit toute seule ; j’ai quelque peine à le croire. Cependant, soit que les gens du pays ne soient pas de mon avis, puisqu’ils ont construit cet édifice pour qu’elle puisse venir plus commodément, soit qu’ils n’aient en vue que la commodité de la procession, c’est sûrement dans l’une ou l’autre de ces intentions qu’ils ont fait cette furieuse dépense. On ne fait voir la Madone qu’avec grande peine. Il a fallu dire, pour avoir ce bonheur, que nous étions venus en pèlerinage tout exprès. Elle est couverte de volets garnis de velours ; plus, d’un rideau à travers lequel, par un trou garni d’une glace, on la voit peinte sur bois, et qui pis est détestablement peinte et fort laide.