Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/185

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dehors quelques statues et bas-reliefs, au dedans le baldaquin et plusieurs bonnes statues. Mais ce qu’il y a de principal est la fameuse ligne méridienne tracée sur le pavé par Cassini, laquelle, tant qu’elle existera, servira de règle aux astronomes à venir, pour mesurer l’obliquité de l’écliptique. Elle est ménagée fort -adroitement, dans la pins grande longueur de l’église, passant avec obliquité entre deux piliers. La longueur de cette ligne fait la six cent milliè-me partie de la circonférence de la terre. Elle est de marbre, divisée dans sa longueur en deux parties égales, par un filet de cuivre, qui marque précisément le méridien ; et sur le marbre sont gravées toutes les choses qui peuvent avoir rapport à l’ouvrage, pour le rendre parfait. L’endroit de la voûte où est le petit trou par où l’image du soleil va se porter à midi précisément sur la ligne de cuivre, s’étanl un peu affaissé, on fut obligé, sur la fin du siècle dernier, de restaurer un peu l’ouvrage ; ]l passe maintenant pour le plus parfait de tous ceux qui sont en ce genre, et ses bonnes qualités sont inscrites sur une pierre incrustée dans le mur. J’ai été choqué de voir qu’on la fouloit aux pieds sans respect, ce qui en efface beaucoup les caractères.


Bologne est le chef d’ordre des peintures de l’école de Lombardie, comme Venise l’est de l’école vénitienne. C’est ici que sont tous les chefs-d’œuvre des Carraches, du Guide, du Guerchin, de l’Albane, etc. Les peintres de Bologne excellent à mon sens pour les fresques, quoiqu’il n’y ait pas ici de tableaux de la force de deux ou trois morceaux qui sont à Venise. Généralement parlant, il y a un plus grand nombre de bons maîtres, et par conséquent de bons ouvrages. Ils se piquent surtout de donner, plus encore que les Vénitiens, de furieux soufflets au restaurateur de la peinture, Cimabue, et à son historien Vasari.

À les entendre, le Cimabue est un bélître, et Vasari un ignorant. C’est chez eux, et non à Venise ni à Florence, que l’art s’est conservé ; et, pour le prouver, ils montrent quantité de Madones peintes à fresque, horriblement mal, sur de vieux murs, et assurent, foi de Bolonais, qu’elles sont peintes avant l’an 1000. Mais, pour dire vrai, à force de vouloir faire leur cause bonne, ils la gâtent en montrant une si énorme quantité de tableaux de cet âge, qu’il est de toute impossibilité que les anciens historiens de la ^