Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/20

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que académicien de donner l’exclusion, pour motif d’offense, à un candidat. Voltaire, dit M. Foisset, n’aurait pas dû invoquer pour lui-même le bénéfice de ce statut : l’offense n’était pas assez grave ! Je ne veux réfuter cette opinion que par une simple hypothèse. M. Th. Foisset, qui siège, il me semble, à la cour impériale de Dijon, est évidemment l’un des membres les plus distingués de l’Académie de cette ville. Mettons un instant l’académicien dijonnais dans la situation de Voltaire ; supposons qu’il ait été traité de drôle et de vil coquin par un honorable candidat au fauteuil de l’Académie dijonnaise, lui conviendrait-il d’admettre ce candidat dans sa compagnie ?

Je ne justifie pas Voltaire, je l’excuse. Il écrivit lettre sur lettre à Paris contre De Brosses, à d’Alembert et au duc de Richelieu. Le résultat fut l’élection de Roquelaure, évêque de Senlis et premier aumônier du roi. Qui connaît aujourd’hui l’académicien Roquelaure ?

Heureusement pour Charles De Brosses, quand on a écrit les Lettres sur l’Italie, on est beaucoup plus sûrement immortel que le plus grand nombre des académiciens. En lisant aujourd’hui ce curieux ouvrage, on s’inquiète fort peu de savoir s’il y avait du temps de l’auteur une Académie française destinée à récompenser le talent et l’esprit. La postérité sait que le chevalier Bavard fut brave, et pourtant Bavard naquit deux siècles trop tôt pour être chevalier de la Légion d’honneur.

Je regrette presque de m’être laissé entraîner à ces menus détails biographiques. On les a trouvés bons pour défrayer tout un chapitre de ce triste pamphlet : Ménage et finances de Voltaire. Quant à moi, qui n’ai nulle envie de m’occuper du ménage et des finances de Charles De Brosses, je rejette au panier ces chiffons anecdotiques d’un autre siècle qui ne peuvent rien apprendre au nôtre. La vraie biographie de Charles De Brosses, c’est-à-dire la biographie de son esprit, j’en trouve aisément les matériaux dans son inimitable correspondance. Pour connaître à fond le caractère et la physionomie du spirituel président, il suffît, en vé-