Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/202

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Louis Carracho ; mais il faut avouer, on ce dernier cas, que ce ne seroit pas un de ses meilleurs ouvrages. Louis Carrache est assurément un peintre du plus grand mérite. Si on en excepte Raphaël et le Corrège, je ne connois point de grand maître supérieurs à lui, ni qui ait réuni à un même degré plus de parties de son art, soit que l’on considère son dessin et son coloris, soit que l’on fasse attention à la quantité de ses ouvrages et à la variété de leur composition. Il a de plus le mérite d’avoir formé l’école de Bologne, la plus agréable de toutes à mon gré, et celle qui a produit le plus grand nombre de fameux artistes : Annibal et Augustin Carrache, les deux Guido (Reniet Cagnacci ),le Dominiquin, le Caravage,le Gucrchin, l’Albane, Gessi, Cavedone, Sementa, etc. Louis Carrache est moins célèbre qu’Annibal, parce qu’il n’a jamais travaillé hors de son pays ; mais à Bologne, où tout est plein de ses ouvrages admirables, on le regarde avec raison comme le chef de toute l’École Lombarde. Il n’est pas toujours aisé de connaître sa manière ; ce Protée de la peinture, cherchant sans cesse à inventer quelque chose de nouveau, l’a variée en cent façons différentes. On jureroit, par exemple, que son beau tableau qui se voit aux Converties, est un ouvrage du Guide. Cependant quoiqu’il soit un de ses meilleurs ouvrages, le Guide l’a encore surpassé dans cette manière ; mais je ne crois pas que personne autre que Raphaël ait jamais surpassé Louis Carrache dans la grande connaissance de l’art.


Job remis en possession de ses biens, l’un des beaux ouvrages du Guide, d’une grâce, d’une douceur, d’une mollesse de pinceau inexprimables.il y a, entre autres, la figure d’un page exquise et précieuse. — Sainte Anne à qui le ciel révèle la gloire de la vierge Marie, de Gessi. Le haut du tableau est médiocre ; mais la figure de sainte Anne est de la première classe.


La Sainte Cécile, de Raphaël. Voici le fameux tableau qui a formé toute la bonne école de Bologne. C’est à force de le voir et de l’étudier, que les Carraches et leurs disciples sont devenus de si grands maîtres : admirable effet de ce que peut produire sur de beaux génies l’exemple d’un maître parfait dans son art.Ily a assurément à Bologne des tableaux supérieurs à celui-ci, qui, tout beau qu’il est,