Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/205

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glissade, pour des gens qui ont comme nous pratiqué les montagnes de la côte de Gênes. La vallée de Scapiera, qui fait le fond, donne un avant-goût des beautés admirables du pays de Toscane ; mais on s’en détache encore une fois pour une nouvelle montagne, du haut de laquelle je commençoisà découvrir toute cette belle terre de promission, lorsque la nuit, la fatigue, et le sommeil me fermèrent les yeux ; de sorte que, dormant tout vif, j’arrivai aux portes de Florence, où, pour réconfort, on nous fit attendre trois petites heures pour nous ouvrir.


Je me suis amplement dédommagé de ce que la nuit m’avoit dérobé, en montant au-dessus de la tour du Giolto, d’où j’ai découvert que les Apennins, en arrivant à Florence, se partagent en deux branches, et que la plaine forme une espèce de golfe au fond duquel la ville est située. Cette plaine, qui s’étend du côté de Livourne, est, ainsi que les côtes de la mer, couverte et recouverte d’une quantité incroyable de maisons de plaisance. Joignez à cela la beauté naturelle de la campagne et la rivière d’Arno qui la traverse, et vous conviendrez avec moi que cela ne fait pas un vilain coup d’œil.


La ville, à vue de pays, me parut d’environ deux lieues de tour. Les rues sont assez larges et droites, toutes pavées de pierres de taille disposées irrégulièrement en tous sens, à la manière des pavés des anciens chemins romains, ce qui est ( ; ommode pour les gens de pied, mais détestable pour les chevaux et pour ceux qui vont en carrosse, à cause du méchant entretien de ce pavé qui ne fait pas de petites ornières, quand il est une fois rompu.


Les palais, à Florence, sont en grand nombre et fort vantés ; malgré cela ils ne me plaisent pas beaucoup.. Presque tous sont d’architecture rustique et tout d’une venue ; et moi je suis si fort accoutumé aux colonnes, que je ne puis m’en passer, ou tout au moins me faut-il des pilastres. Ainsi, toute réflexion faite, je préfère Bologne h Florence. Toutes les églises de marque n’y ont point de portail, si ce n’est toutefois celle des Théatins, dont la façade d’ordre composite, du dessin de Nigetti, ornée de bonnes statues, forme un portail des plus beaux et des plus nobles que j’aie encore vus ; c’est le cardinal Charles de Médicis qui en a fait la dépense. L’intérieur est d’assez bon goût, j’y ai distingué plusieurs bons bas-reliefs de