Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/208

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qu’on n’avoit jamais mieux fait que d’abandonner ces instruments.


Les lettres et les sciences sont extrêmement cultivées ici, soit par les gens du métier, soit par les gens de qualité ; et il faut avouer qu’il n’y a point d’endroit où l’on trouve d’aussi grands secours par la quantité de monuments antiques en tous genres, de bibliothèques et de manuscrits que les Médicis y ont rassemblés, ainsi que l’ont fait beaucoup d’autres particuliers, et entre autres les Grecs, qui se réfugièrent à Florence lors de la prise de Constantinople, et auxquels l’Italie dut la renaissance des lettres.


La bibliothèque de Médicis, à Saint-Laurent, est une grande galerie uniquement composée de manuscrits rangés, non à l’ordinaire, mais sur de grands pupitres, où chaque volume est attaché par une chaîne de fer, de sorte qu’on ne peut les déplacer. Il seroit difficile de rien trouver de plus rare et de mieux composé que cette bibliothèque. Les principales pièces sont un manuscrit unique de l’histoire de Tacite, un Virgile, en lettres majuscules, de la première antiquité, qu’on a dessein de faire graver en entier tel qu’il est, projet assez frivole, si je ne me trompe certains livres de médecine très-rares que je n’ai eu garde de regarder, et un recueil d’épigrammes latines dans le goût des Priapées, qui n’a jamais été imprimé, et qu’on m’avoit dit être antique. J’eus la patience de le dépouiller d’un bout à l’autre, pour voir s’il valoit la peine d’être publié, et tout le fruit que j’en retirai fut de savoir qu’on avoit fort bien fait de le laisser là. On travaille maintenant à imprimer le catalogue et la notice de cette bibliothèque.


Celle de Magliabecchi est très-grande, très-fournie de bons livres, et passablement riche en manuscrits. Il y en a encore plusieurs autres dont je ferai mention en temps et lieu, si je m’en souviens. En attendant, vous pouvez dire à Quintin qu’il se console de la mauvaise antienne que je lui avois annoncée sur la cessation du Musœum Florentinum ; heureusement pour lui, l’abbé Niccolini est revenu de Rome et a remis l’ouvrage en train. J’ai vu le quatrième volume, qui contient les médailles, presque achevé d’être gravé ; cependant je ne pourrai le lui apporter à mon retour, comme je l’avois d’abord espéré :