Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/222

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raude et de diamants : des services de vaisselles d’or. — D’autres armoires pleines de couronnes, sabres, poignards, vases, écussons, coupes, etc. ; tout cela fait ou garni des différentes pierres dont on fait les bagues ; et enfin le fameux original du Digeste, connu sous le nom de Pandectes Florentines ; c’est un manuscrit en deux volumes in-folio, très-bien conservé, écrit en grosses lettres non majuscules : on le croit du temps même de Justinien. Entre chaque feuillet on a mis, pour le conserver, un autre feuillet de satin vert. Ce livre est un présent que les Pisans firent aux Florentins, en reconnaissance de ce qu’ils avoient bien conservé leur ville pendant une expédition d“outre-mer qu’ils avoient été fairo, et pendant laquelle ce livre a voit été trouvé à Amalfi. Jadis on ne le montroit ici qu’avec de grandes considérations, en allumant des cierges et se mettant à genoux ; aujourd’hui on le fait voir très-familièrement, ce qui prouve combien la robe perd tous les jours de son crédit.


Le Vieux Palais communique au cabinet du GrandDuc (1). Ah ! nous y voici donc ; serai-je assez hardi pour mettre le pied dans cet abîme de véritables curiosités ? mais si j’y entre, dites adieu à votre pauvre Brossette ; c’est un homme confisqué, noyé. Cependant, il en faut sauter le bâton, ne fût-ce qu’afin que, quand Quintin en voudra faire l’emplette, il n’achète pas chat en poche.


Vous saurez donc que ce qu’on appelle le Cabinet du Grand-Duc sont les deux côtés parallèles d’une assez longue rue, qui se rejoignent à l’un des bouts par un corps de logis percé dans le bas de trois arcades, le tout d’ordre dorique uniforme, si bien exécuté par le Vasari que Michel-Ange n’a jamais rien fait de mieux à mes yeux. Ces deux lignes de la rue forment deux galeries qui ont dans leur double contour quantité de cabinets ou salons remplis de tant de choses diverses, que je prétends ne vous en dire qu’un mot en gros, seulement pour vous en donner une notion.


Les galeries qui se communiquent tout d’une pièce par le corps de logis du fond contiennent les bustes et les statues, alternativement deux bustes et une statue, avec de grands groupes dans les angles et dans les fonds.


(I) Musée Degl Lffizi.


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Rien n’est placé là qui ne soit antique, et deux statues modernes seules ont mérité d’y avoir place ; ce sont les deux Bacchus, chefs-d’œuvre, l’un de Michel-Ange, l’autre de Sansovino. Cela posé, je ne m’amuserai pas h, vous faire l’éloge de ce peuple de pierre ; je remarquerai seulement combien, par la comparaison que le voisinage m’a donné lieu de faire, j’ai trouvé les Grecs au-dessus des Romains. Les bustes sont encore plus précieux, non pas tant par l’ouvrage qui est cependant excellent, que parce qu’ils font une suite parfaitement complète de toutes les têtes d’empereurs romains depuis Jules-César jusqu’à Alexandre Sévère ; les usurpateurs même ou les concurrents n’y sont pas omis ; et outre cela, il y a une quantité de femmes ou filles de ces empereurs. Je suis toujours émerveillé de voir comment on a pu rassembler tous ces morceaux (1), parmi lesquels il y en a qui probablement sont uniques. Depuis Alexandre jusqu’à Constantin, la suite est continuée, mais fort incomplète, et c’est une chose assez curieuse que de voir la décadence de l’art cheminer d’un pas égal avec la décadence de l’Empire, de sorte que les derniers ne valent quasi plus rien. Les plafonds de ces galeries sont peints en arabesques charmantes par les élèves de Raphaël.


Dans le vestibule, quantité d’inscriptions, d’urnes et de bas-reliefs avec deux gros chiens grecs, de la taille du bon Sultan, autrement dit Pluton.


Dans le premier cabinet une haute colonne torse à cannelures, d’albâtre oriental transparent ; une suite de petites idoles égyptiennes ou asiatiques, une suite d’autres idoles grecques ou romaines, un choix des plus beaux bustes de bronze, un très-grand lustre tout d’ambre jaune transparent, au travers duquel on voit en dedans la généalogie de la maison de Brandebourg, en ambre blanc… un cabinet de lapis lazuli ; et une grande table de fleurs et de fruits parfaitement représentés au naturel, en pierres précieuses.


Dans la seconde pièce, trois superbes cabinets sous des pavillons. Le premier d’ivoii’e, contenant toutes sortes d’ouvrages infiniment curieux, soit en sculpture, soit au tour. Le second d’ambre, rempli d’ouvrages du même

(I) Au nombre aujourd’hui de soixante-dix-neuf.