Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/259

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meilleur marché ; mais, comme le pays produisoit beaucoup plus de grains qu’il n’en pouvoit consommer, ils furent bientôt à si vil prix que l’agriculture tomba. On ne cultiva plus que ce qui étoit nécessaire ; de grandes terres demeurèrent en friche, et ensuite devinrent malsaines, par conséquent se dépeuplèrent, si bien que, le mal ayant gagné de canton en canton, le tout est devenu comme je vous ai dit. La destruction des terres a occasionné celle des hommes, et la destruction des hommes celle des terres ; elles ne sont presque plus d’aucun prix dans co pays- ci. La princesse Borghcse m’assuroit, l’autre jour, qu’elle en avoit plusieurs dont elle donneroit volontiers les deux tiers en propriété à ceux qui voudroient venir les habiter et cultiver l’autre tiers. Je lui répondis : Madame, il en est des hommes comme des arbres, il n’en vient point qu’on n’en plante. Le moyen que la race des hommes ne s’éteigne à la fin dans un pays où l’on ne parvient à la fortune qu’en faisant profession d’un état où il est défendu de le peupler ? Oh ! l’étrange vertu que celle dont le but et l’elTet sont de détruire le genre humain.


Aujourd’hui ce sont quelques paysans de la Sabine et de i’Abruzze qui viennent, de temps en temps, semer quelques cantons de la campagne, et s’en retournent jusqu’à la récolte. Un gouvernement qui auroit des vues plus longues que n’en a celui d’un vieux prêtre qui ne songe qu’à enrichir aujourd’hui sa famille parce qu’il mourra demain, pourroit à la longue apporter remède à ceci, en favorisant la génération, et peuplant le pays successivement de proche en proche, depuis les environs de Rome, où l’intempérie no règne pas, jusqu’aux montagnes.


À la suite de cette digression, mou cher Blancey, je vous ai amené jusqu’à Torre di Mezzavia, maison isolée où est la poste, puis jusqu’à l’endroit où l’on commence’ à monter la montagne ; bientôt on quitte la campagne de Rome pour entrer dans la Romagne. On retrouve le pays habité et le gros bourg de Castro Marino. C’est l’ancienne Ferenlinum, depuis. Villa Mariana. Il y a une assez belle fontaine, à ce qu’il m’a paru. Nous y fîmes rencontre du duc de Castro Pignano, qui s’en va ambassadeur à Paris, et lui remîmes les lettres de recommandation que nous avions pour lui, lesquelles, comme vous voyez, ne nous