Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/287

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perroquet qui vous aura bientôt rendu au pied de la montagne que vous avez vue, on partant, toute couverte d’un nuage brillant ; c’est la fumée qui réfléchit les rayons du soleil. Le goufl’re en jette incessamment une fort épaisse : pour de la flamme, on en voit quelquefois la nuit ; mais cela est extrêmement rare. Au pied du Vésuve, nous quittâmes nos chaises pour prendre des chevaux. Nous montâmes, pendant un long espace de temps, cette riche et fertile montagne à travers les beaux vignobles qui portent le Lacryma- Chris ti et au très vins les meilleurs de l’Italie, sans contestation. Il est aisé de juger de l’abondance et du goût des fruits que produit un terrain si capable d’exalter la sève. Il est vrai que dans quelques .endroits nous vîmes l’économie des bourgeons un peu dérangée par les torrents de fer rouge qui ont coulé d’enhaut ; mais, malgré les ruines irréparables que causent les accidents et le danger de s’y voir exposé sans cesse, je comprends fort bien comment les gens du pays ne peuvent se détacher d’habiter ni de cultiver un canton de la terre, si riche, si agréable et si abondant. Au bout d’un certain temps il fallut quitter les chevaux et prendre des ânes, qui nous conduisirent, pendant environ une demilieue, à travers de mauvaises ravines obstruées de gros quartiers de rochers ferrugineux, et d’un cimetière de vignobles ravagés, dont on ne voit plus que les squelettes par-ci, par-là. C’est ici que commence l’abomination de la désolation. On trouve déjà des crevasses plus ou moins larges, d’oîi il sort une fumée tiède et humide. Ces crevasses, pour la plupart, ne sont pas plus larges que celles que les chaleurs de l’été produisent dans les marais desséchés ; elles se multiplient à mesure qu’on approche du sommet oîi est l’ouverture du gouffre. Mais retournons un peu la tête pour jouir du plus beau spectacle qu’on puisse trouver en Europe, de ce coup-d’œil si merveilleux qui ravit d’étonneraent, quelque idée qu’on s’en fût faite d’avance.


Les sommets des arbres et les vignobles étendus sous vos pieds, comme un tapis à qui les villages de Portici, Résina et autres, ainsi que les maisons de campagne répandues tout le long du rivage, servent de bordure ; Naples plongé à vue d’oiseau ; les plaines de la Terre de Labour, toutes semées de métairies, jusqu’aux montagnes