Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/291

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en occident, et sa hauteur perpendiculaire n’est que de quatre-vingt-quatre toises, mesurée aussi bien qu’on l’a pu, selon les lois de l’accélération de la chute des corps, au moyen de pierres qu’on y a fait tomber à plusieurs reprises. Il est donc certain, à voir le peu d’étendue de ce gouffre, que ce ne sont pas les matières qui en sont sorties qui ont pu recouvrir la ville d’Ercolano, ni produire l’énorme quantité de toises cubiques de terre ou autres matières dont le rivage de la mer est exhaussé depuis l’ancien sol d’Ercolano jusqu’au sol actuel de Portici ; mais il faut remarquer qu’autrefois la montagne, autant qu’on en peut juger par le récit des anciens, n’avoit qu’un sommet. J’avois fait porter des cordes pour me faire descendre par-dessous les bras, dans le gouffre, quoi qu’il en pût arriver : mais cela n’étoit ni si difficile, ni si périlleux que je me l’étois imaginé : la descente, quoique rapidissime, n’est pas impraticable d’un côté. Je me fis sangler par le milieu du corps, et tenir en lesse par deux ciceroni, pour prévenir la roulade en cas de chute. En cet équipage, je descendis dans le gouffre soixante ou quatre-vingts pas ; puis, reconnaissant que je ne verrois rien de plus à aller jusqu’au fond que je découvrois parfaitement, et faisant quelques réflexions sur mes souliers qui brûloient déjà et sur l’épouvantable fatigue qu’il y auroit pour remonter, je me fis retirer en haut, à peu près comme on tire un seau d’un puits. Vous me direz peut-être que j’eusse été bien étonné si, pendant que j’étois là, Mons du Vésuve fût venu à flamboyer ! Etonné ! Ah ! je vous le jure, et même confondu. Mais cela n’est pas à craindre.


Quand il doit y avoir une éruption, elle s’annonce d’avance par des espèces de coups de canon que la montagne a coutume de tirer. À présent ne vous attendez pas que je vous explique quelle est la cause qui produit de si terribles effets. Je n’en ferai rien pour plusieurs raisons, dont la première est que je ne le sais pas. Je crois qu’il y a bien d’autres personnes dans le même cas. Les académiciens de Naples me disoient qu’il n’y a point de feu intérieur ; que c’est un simple ferment qui y cause lit chaleur et la fumée, que les vapeurs qui s’élèvent de la mer sont l’aliment perpétuel de ce gouffre qui les englobe ainsi que tout l’air d’alentour, par une attraction chi- T. j. 12