Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/294

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— 26è —

les arbres à un quart de lieue à la ronde en perdirent leurs feuilles et leurs fruits. Une autre pluie, peu de jours après, fit exhaler de ces mêmes torrents une nouvelle puanteur presque insupportable, mais d’un autre genre, et qui n’avoit de rapport avec aucune des mauvaises odeurs connues. Le torrent qui avoit coulé le 21, demeura rouge à sa superficie pendant trois ou quatre jours, après lesquels l’ardeur se concentra ; au bout d’un mois et plus, quand on creusoit cette espèce de gueuse, et qu’on y enfonçoit un gros pieu de bois, il s’enflammoit à l’instant. Pendant tout le temps de cette éruption, le vent régna le plus souvent entre le sud et le sud-ouest.


Nous descendîmes du sommet avec plus de satisfaction et de facilité que nous n’y étions montés ; mais oh Dieu ! quelles furent ma surprise et la véhémence de mon indignation, lorsqu’en plongeant mes regards, j’aperçus au bord d’une ravine mon très-cher cousin ( la paresse l’avoit empêché de monter avec nous), qui, d’un air fort posé, achevoit de manger deux dindons et de boire quatre bouteilles de vin que nous avions apportés pour la halte. Je fis au plus vite écrouler sous mes pieds pierres ponces et mâchefer ; à chaque coup de talon je descendois de vingt pieds : heureusement j’arrivai assez à temps pour lui arracher un dernier pilon sur lequel il avoit déjà porté une dent meurtrière. Je me refis aussi avec un fond de bouteille et un petit flacon d’eau-de-vie qui me sauvèrent à coup sûr d’une pleurésie, baigné comme j’étois de sueur et percé d’un froid si violent. Là-dessus je pris congé du Vésuve, avec promesse solennelle de ne lui faire de ma vie de seconde visite, et je vins à Portici, maison de campagne du roi, dont je ne vous parlerai pas. Elle n’a rien qu’un fermier-général y voulût conserver, s’il l’achetoit. Le village de Portici est joli ; il a des jardins agréables et plusieurs maisons de campagne, dont quelques-unes valent mieux que celle du roi. Je pensai à aller de là à Sorrento {Surrentum) el k Salerne, où vouloit nous mener un officier français de nos amis(M. DuFresnay, major du régiment des gardes napolitaines.) J’avois encore plus envie d’aller dans l’île de Caprée visiter les mânes de feu Tibère, et exécuter quelques spintries avec la Baratti ; mais je n’eus pas le temps de rien faire de tout ceci. Je me suis consolé de Caprée, voyant depuis qu’Adisson y avoit été et qu’il l’avoit parfaitement décrite.