Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/293

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talus, avec un terrible fracas. Le 20, l’incendie fut à son plus fort période ; la fumée, noire comme de la poix, enveloppa toute la montagne de gros tourbillons ; la cime prit feu de tous côtés ; la flamme parut très-vive malgré la clarté du jour, et le gouffre lançoit incessamment le fer, le soufre, la pierre ponce, etc., comme une grenade qui éclate. Sur le soir, la fumée se mit à tourbillonner plus vite, et devint grisâtre. Peu après, la montagne tira un coup de canon épouvantable ; au coucher du soleil, on vit quec’étoit le creuset qui s’étoit fendu, près de son fond, du côté du midi. De cette fente sortoit une épaisse fumée, interrompue de temps en temps d’éclairs et de lances de feu, avec le bruit qu’elles ont coutume de faire. Au bout d’une heure ou deux, la nouvelle crevasse vomit un gros torrent rouge qui se mit à descendre lentement le long du talus, et à prendre le chemin du village de Résina ; mais il s’amortit, et n’avança plus, tandis que le grand orifice continuoit de jouer de la grenade. Quatre heures après, la montagne se remit en furie pis que jamais, surtout à tirer des mousquetades et à secouer la terre ; elle vomit par la bouche du côté de l’occident, et fit, par la nouvelle crevasse, une déjection si abondante, qu’elle occupoit cinq cents pas de long et près de trois cents de large. Ce torrent de fer rouge enflamma la campagne, et, continant à couler, se divisa en plusieurs rameaux, dont le plus large avoit quelque quarante-cinq pieds de large. Un d’eux descendit le 21, vint aboutir à Torre del Greco, heurta la muraille du couvent des Carmes, qu’il eut bientôt renversée, entra dans la sacristie et dans le réfectoire, oîi il ne fit qu’un fort léger repas de tout ce qui s’y trouva ; de là il traversa le grand chemin, et vint s’arrêter au bord de la mer sur les six heures du soir. Jusqu’au 24, l’éruption continua par l’orifice supérieur. Ce jour-là, après avoir fait, sur le midi, un feu d’enfer, le volcan commença à s’arrêter et à no plus éparpiller que des tourbillons de cendres. Le 28, le feu n’étoit presque plus rien. Le 29, il cessa tout-à-fait ; la fumée, aussi abondante que jamais, devint claire, blanche et délavée. Le 6 juin, une grosse pluie qui tomba sur le Vésuve, tira des torrents de fer une odeur de soufre insupportable, et qui ne s’étoit pas fait sentir à beaucoup près si fort dans le temps du grand bombardement. Tous