Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/299

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se seroit noyé sans le roi, qui fut le plus prompt de tous à le secourir ; après quoi nous nous mîmes au plus vite à continuer notre visite des curiosités. Le golfe de Baia et sa colline eu demi-amphithéâtre, si renommée chez les Romains pour être le plus voluptueux endroit de l’Italie, sont comme ces vieilles beautés qui, sur un visage tout ruiné, laissent encore deviner, à travers leurs rides, les traces de leurs anciens agréments ; ce n’est plus qu’une colline pleine de bois et de masures, qui se mirent dans une mer toujours claire et calme. On n’y sait presque ce que c’est que froid ni qu’hiver, la terre étant d’une nature très-chaude en ce lieu et aux environs ; aussi étoit-ce là que les Romains venoient en villeggiatura à la fin de l’automne. Toutes les louanges qu’on a données à cette charmante baie ne me paraissent point outrées. Quant à la vue de la colline et des masures, je me représente quel spectacle admirable c’étoit que cette lieue demi-circulaire de terrain, pleine de maisons de campagne d’un goût exquis, de jardins en amphithéâtre, de terrasses sur la mer, de temples, de colonnes, de portiques, de statues, de monuments, de bâtiments dans la mer, quand on n’avoit plus de place, ou qu’on se lassoit d’avoir une maison sur la terre. Que je me répandrois là-dessus en citations des poètes, si Adisson ne m’avoit prévenu ! La bonne compagnie que l’on trouvoit là du temps de Cicéron, de Pompée, d’Horace, Mécénas, Catule, Auguste, etc. ! Les jolis soupers qu’on alloit faire en se promenant à pied à la bastide de Lucullus, près du promontoire de Misène ! Le beau spectacle pour sa soirée que ces gondoles dorées, ornées tantôt de banderolles de couleur, tantôt de lanternes, que cette mer couverte de roses, que ces barques pleines de jolies femmes en déshabillé galant, que ces concerts sur l’eau pendant l’obscurité de la nuit ; en un mot, que tout ce luxe si vivement décrit et si sottement blâmé par Sénèque ! Napolitains, mes amis, que faites-vous de a os richesses, si vous ne les employez à faire renaître en ce beau lieu ses anciennes délices !


Les antiquités que je remarquai sur le rivage sont un petit temple de Diane, en dôme, fort ruiné : les murailles n’en subsistent plus que d’un côté. Néanmoins la voûte, plus qu’à moitié pendue en l’air, se soutient comme une calotte par la force de sa maçonnerie.


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