Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/304

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de minerais, d’un mortier de cendre, boue et sable, et de lave dure ; c’est ainsi qu’on appelle la fonte qui coule du Vésuve. Elle devient en se refroidissant presque aussi dure que le fer. Entre Ercolano et le sol extérieur, on aperçoit quelques restes d’une autre petite ville rebâtie autrefois au-dessus de celle-ci, et de même couverte par de nouveaux dégorgements du Vésuve. C’est sur les ruines de ces deux villes qu’est aujourd’hui bâti le nouveau bourg de Portici, où le roi des Deux-Siciles et plusieurs seigneurs de sa Cour, ont leurs maisons de campagne, en attendant que quelque révolution semblable aux précédentes, le fasse disparaître, et qu’on bâtisse un autre bourg en quatrième étage. Car, malgré les dégâts presque irréparables que causent de tels accidents, et le danger de s’y voir exposé sans cesse, il ne faut pas croire qu’on se lassera jamais d’habiter ni de cultiver un canton de la terre si riche, si agréable par la variété des aspects, la beauté du terroir et la fertilité du sol échauffé de cette montagne, qui produit abondamment, jusqu’au milieu de sa hauteur, les meilleurs fruits du monde. Les maux qu’on regarde comme éloignés, et dont le moment n’est pas prévu, font peu d’impression, mis en balance avec une utilité journalière. Au fond, il n’y a presque jamais rien à risquer pour la vie des habitants, le Vésuve annonçant d’ordinaire son éruption par un grand bruit, plusieurs jours avant de lancer ses feux.

Les ruines du second bourg ne m’ont pas paru occuper beaucoup d’espace, ni rien contenir de curieux, ou peut-être moi-même n’y ai-je fait que peu d’attention. Arrivé au fond du puits, je trouvai qu’on avoit poussé de côté et d’autre des conduits souterrains assez mal percés et mal dégagés, les terres ayant été souvent rejetées dans un des conduits, à mesure qu’on en perçoit un autre ; l’aspect de ceci est presque entièrement semblable aux caves de l’Observatoire. On ne peut distinguer les objets qu’à la lueur des torches qui, remplissant de fumée ces souterrains dénués d’air, me contraignoient à tout moment d’interrompre mon examen pour aller, vers l’ouverture extérieure, respirer avec plus de facilité. On distingue dans ces allées divers pans de murailles de brique, les uns couchés ou inclinés, les autres debout ; les uns bruts ou travaillés dans le goût nue les anciens appelaient opus