Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/303

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je rentrai à Rome, où je me porte bien actuellement, si ce n’est que j’ai la main cruellement lasse de la longueur et de la rapidité de ma lettre. La peste, en voilà bien tout d’une suite écrit. Pourvu que cela amuse un peu votre curiosité, mon doux objet, j’en suis content. Je pense que vous êtes assez sage pour faire souvent mention de moi avec nos amis Bevi, Maleteste et autres, surtout avec cette charmante petite Montot, que je ne perds pas de vue un seul instant : elle est le Neuilly des femmes comme vous êtes la Montot des hommes. Souvenez-vous de moi près la dame de Bourbonne, dont je raffole aussi tout le jour.


LETTRE XXXIII

À M. LE PRÉSIDENT BOUHIER


Mémoire sur la ville souterraine d’Ercolano.


Rome, 28 novembre 1739.


La découverte que l’on vient de faire près de Naples, mon cher président, de l’ancienne ville d’Herculanum, est un événement si singulier et si capable d’amuser un homme aussi amateur que vous l’êtes de la belle antiquité, que je ne dois pas me contenter du peu que j’en ai écrit à Neuilly, et dont il vous aura fait part sans doute ; j’en vais faire, en votre faveur, une petite relation plus circonstanciée, que vous communiquerez réciproquement au doux objet.


Il y a plusieurs années que le prince d’Elbœuf, alors général des galères de Naples, faisant creuser un terrain à Portici, village au pied du Vésuve, sur le bord de la mer, on y découvrit divers monuments antiques, et des vestiges de bâtiments propres à donner envie de pousser plus avant la fouille des terres.


On y descend comme dans une mine, au moyen d’un câble et d’un tour, par un large puits, profond d’environ douze à treize toises. La matière solide de cet intervalle qui couvre et remplit la ville, est fort mélangée de terre,