Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/315

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cours des siècles antérieurs, vomi des flammes et laissé couler des torrents de cette matière fondue qu’on appelle lava. Quelques personnes qui ont observé ici les anciens édifices de la ville souterraine plus à loisir et mieux que je n’ai pu le faire, m’ont assuré qu’on y voyoit des fondations de bâtiments faites en laves ; car la lave devient extrêmement dure, et étant commune dans tout le canton on l’emploie fort bien, soit pour bâtir, surtout dans les fondements, soit pour paver. On la voit mise en œuvre dans les anciens grands chemins des Romains et même à ce qu’on dit, à de grandes distances du Vésuve ; et tout le long des montagnes depuis Naples jusqu’en Toscane, on trouve des pierres fondues ou calcinées en forme de laves ou de scories, de sorte qu’il sembleroit qu’en des temps dont on a perdu toute mémoire, cette chaîne de l’Apennin qui partage l’Italie dans toute sa longueur, a été une suite de volcans. Nul doute que celui du Vésuve ne soit d’une très-haute antiquité. Vous en verrez la preuve dans le fait observé par Pichetti que je vous rapporterai tout à l’heure.

Quand il arrive une éruption, on commence à entendre dans la montagne un frémissement intérieur et du bruit semblable à celui du tonnerre. La fumée, aussi noire que de la poix, interrompue d’éclairs et de lances à feu, enveloppe tout le sommet de tourbillons. Peu après elle devient grisâtre ; le gouffre lance de son fond des quartiers de rochers d’un calibre prodigieux, qui faisoient obstacle à l’éruption. Ils roulent en retombant le long du talus, et entraînent les terres avec un terrible fracas. La cime prend feu de tous côtés ; on en voit partir le fer, le soufre, la pierre ponce, le sable, les cendres, la terre, comme une grenade d’artifice qui éclate de toutes parts. Tous les lieux où ces mélanges viennent à tomber en demeurent couverts. En 1631, il en tomba sur des vaisseaux à la rade vers la côte de Macédoine. En 472, les cendres, au rapport du comte Marcellin, volèrent jusqu’à Constantinople ; elles allèrent bien plus loin lors de l’éruption qui couvrit Herculanum. Ce fut la plus terrible de toutes. On peut juger combien cette pluie de terre fut abondante, par ce que marque Pline le jeune à Tacite, dans la lettre où il lui fait le récit de la mort funeste de son oncle. Il raconte que « ce dernier étant entré pour se reposer avec quelques