Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/86

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demander à voir le réfectoire. Inutilité ; les bons pères nous assurèrent à plusieurs reprises qu’il n’y avoit rien à voir chez eux que l’église ; et il fallut s’en retourner par le gros de la chaleur manger des œufs durs à mille pas de là. En sortant, nous aperçûmes, à travers une grille, quelques vieux parchemins qui composent leur bibliothèque. Sainte-Palaye demanda à y entrer. Rien ; ils ne la montrent point aux François, et sans doute ils ont raison. Par compensation, ils nous montrèrent de longues et magnifiques treilles soutenues de deux rangs de colonnes. Là-dessus nous quittâmes cette misérable canaille pour aller à Binasco (poste et demie) et à Milan (poste très-longue).


Le chemin de Pavie à Milan est moins un chemin qu’une grande allée de jardin bien sablée, bordée de deux rangs d’arbres et de canaux de chaque côté ; le pays est beau et vert, mais un peu trop couvert d’arbres. Les chemins y doivent être bien mauvais en hiver. De Gênes à Milan, on compte quatre-vingt-dix milles ou trente lieues.


LETTRE VIII

AU MÊME


Mémoire sur Milan.
Milan, 16 juillet.


Pardieu ! les Italiens font une grande dépense en superlatifs. Cela ne leur coûte guère ; mais cela coûte beaucoup aux étrangers qui font de grands frais en peine et on argent pour voir quelquefois des choses fort vantées et peu dignes de l’être. Il y a si longtemps que j’entends prêcher des merveilles inouïes de ce fameux Dôme ou cathédrale de Milan, dont la façade est la cosa la più stupenda, la più maravigliosa, que je n’eus rien de plus pressé à faire, en arrivant, que d’y aller. Vous avez vu, ou même vous possédez la belle estampe qui représente cette façade ; gardez-la précieusement, car voilà ce qui