Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/91

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Il y a dans l’église un maître-autel antiquissime soutenu par quatre colonnes de porphyre ; à côté de là une singulière inscription d’un empereur, Ludovicus César (c’est Louis II, fils de Lothaire et petit-fils de Louis-le-Débonnaire), qui a mis Sainte-Palaye dans une terrible agitation d’esprit. Je l’y laissai, pour me démêler d’un serpent de bronze posé sur une colonne qui passe ici pour le véritable serpent d’airain du désert ; mais c’est, s’il vous plaît, un bel et bon Esculape, à qui l’on fait tous les jours le petit office... À Saint-Eustorge, beaucoup de tombeaux et d’antiquités du Bas-Empire. Notez cependant que le tombeau des trois rois qui allèrent à Bethléem, n’est ni du Bas-Empire, ni de ces choses qui se voient partout ; les trois rois n’étant enterrés qu’en fort peu d’endroits, comme ici, à Cologne et en quelques autres villes. À Saint-Nazaire, les tombeaux des Trivulzi : c’est peu de chose... À la Paix, une madone célèbre : ce n’est rien du tout ; je ne conseille pas à M. le Procureur général d’y aller, d’autant plus qu’il faut faire profession de foi pour la voir... À Saint-Victor, un bon morceau, du Perugin, dans la croisée à droite ; dans le chœur, un Saint Georges, que les religieux, après tous les auteurs, me soutinrent être de Raphaël, et moi je leur soutins qu’il étoit de Jules-César Procaccini, le tout pour me faire valoir ; car le moyen de se faire valoir quand on est de l’avis d’autrui ! Nous allons écrire de bonnes dissertations là-dessus. J’ai pour argument contre les auteurs qu'aucun d’eux ne l’a vu ; car ils en parlent tout autrement qu’il n’est, et contre les moines, que ce sont des nigauds, qui veulent qu’un très-méchant barbouillage, qui est à côté, soit aussi de Raphaël.


À la Roue, il n’y a qu’une chose bien considérable : c’est une petite grille de fer sur un trou du pavé. Mais vraiment n’allez pas vous figurer qu’elle est mise là pour rien. Après une sanglante bataille, donnée entre les chrétiens et les Algériens, saint Ambroise, affligé de voir les chrétiens sans sépulture et leur sang profané par un mélange impur avec le sang des hérétiques (les Algériens hérétiques !) fit au ciel une telle oraison jaculatoire, que le sang des chrétiens se cerna en roue en se séparant de l’autre, et roula dans le trou dont il s’agit. Voilà ce que porte une belle inscription gravée à côté, à laquelle il ne