Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/95

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Chartres rassemblées avec soin et remontant jusqu'au huitième siècle, sont conservées, étendues de leur long dans des layettes, pour qu'elles ne se coupent point, et cela de manière à servir de modèle à toutes les archives du monde ; comme le père Georgi, qui les a mises dans cet état, doit l'être de tous les archivistes. Il a lui-même déchiffré toutes ces Chartres, les a copiées exactement de sa main, en a fait différentes notices, pour tout ce que à quoi elles peuvent être utiles : chronologie, généalogie, histoire, langue, terriers, famille. En un mot, c'est un ouvrage admirable, et je regarde cet homme comme le Mabillon de notre siècle. Ses mœurs, avec cela, n'ont rien contracté ni de l'habit de moine, ni de la pous- sière des paperasses. Je ne lui trouve de défaut que d'être trop savant pour un moine de Cîteaux. Si son général en était instruit, il le châtieroit sûrement d'avoir trop étudié les poésies de Tite-Live (1).


La bibliothèque des jésuites mérite fort d'être vue. Elle est bien rangée, et m'a paru fort préférable à l'Am- broisiennc, pour la quantité et la qualité des livres imprimés.


On s'est avisé de nous donner sur le pied de docteurs du premier ordre, et pour ma part, j'ai fort bien soutenu cette réputation par une demi-douzaine de citations hors de propos. C'est le secrétaire Argellati (2), lequel vient de donner les éditions de Mezzabarba, de Muratori, de Sigonius et autres, d'ailleurs fort bonhomme et fort ser- viable, qui nous a donné cette belle réputation, moyennant quoi il a fallu figurer dans les assemblées de lettrés. La comtesse Clélie Borromée qui, non seulement sait toutes les sciences et les langues de l'Europe, mais encore qui parle arabe comme l'Alcoran, nous fît prier de l'aller voir, et ensuite nous invita à venir chez elle à la campagne où elle étoit actuellement. Nous lui promîmes fort facilement, et lui avons manqué de parole avec la même aisance. Ce sera bien pis ce soir, nous devons avoir une conférence avec la signora Agnesi, âgée de vingt ans, qui est une polyglotte ambulante, et qui, peu


(1) Expression de l'abbc de Cîteaux (Vo/é de l'auteur.)


(2) Philippe Arjjellati, noble Bolonais, secrétaire de l'Empereur Charles VI, écrivain laborieux et savant.