Page:Charnacé - Musique et Musiciens, vol2, 1874.djvu/138

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Savait-il qu’ici on aimait le tambour dans l’orchestre, immédiatement il faisait commencer l’ouverture d’un opéra champêtre par un roulement de tambour ; lui disait-on que là on avait une passion folle pour le crescendo dans les phrases d’ensemble, sans retard il donnait à son opéra la forme d’un crescendo revenant sans cesse. Il lui arriva une seule fois d’avoir à se repentir de sa complaisance : on lui conseilla, pour Naples, de travailler avec plus de soin, de soigner davantage sa phrase. Son opéra, solidement travaillé, ne réussit pas, et Rossini se promit bien de ne plus jamais rien soigner, même quand on le lui demanderait.

Il n’y avait chez Rossini ni vanité, ni outrecuidance, lorsque, considérant le succès immense de sa musique d’opéra, il disait en riant à la figure des gens qu’il avait trouvé le vrai secret de l’opéra, secret après lequel ses prédécesseurs avaient couru en vain. Quand il affirmait qu’il lui serait facile de faire oublier les ouvrages de ses plus grands devanciers, sans excepter le Don Juan de Mozart, et rien qu’en les refaisant à sa manière, ce n’était pas par arrogance qu’il s’exprimait ainsi, mais parce qu’il avait le sûr instinct de ce que le public demande