Page:Charnacé - Musique et Musiciens, vol2, 1874.djvu/177

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moins susceptibles d’être utilisés. C’est ainsi que nous avons dévasté toute cette belle forêt naturelle du peuple de façon que maintenant nous ressemblons à des mendiants nus et affamés.

Il en fut de même de la musique d’opéra ; quand elle devint incapable d’engendrer et que toute sa sève fut desséchée, elle se précipita sur la chanson populaire et la suça jusque dans ses racines. Maintenant elle abreuve le peuple dépouillé de ses mélodies viciées, nourriture misérable et malsaine. La mélodie ne sait plus où trouver sa subsistance ; ne pouvant plus être fécondée de nouveau, elle meurt stérile, épuisée ; elle se ronge elle-même : c’est ce que les critiques allemands appellent « aspirer vers une caractéristique élevée », après avoir d’abord baptisé le renversement des arbres populaires dépouillés, du nom « d’émancipation des masses ». Le compositeur d’opéra ne pouvait pas saisir ce qui est vraiment populaire ; pour être en état de la comprendre, il lui aurait fallu travailler selon l’esprit et les vues du peuple, c’est-à-dire être, au fond, peuple. Il ne pouvait comprendre son caractère propre, ce qui fait l’originalité des choses po-