Page:Charnacé - Musique et Musiciens, vol2, 1874.djvu/228

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il prit à sa solde une femme de laquelle il exigea même une soumission absolue. Par la correspondance que Weber entretint avec Madame de Chezy, pendant l’élaboration du texte d’Euryanthe, nous savons quelle peine il se donna pour tourmenter jusqu’au sang son auxiliaire poétique ; rejetant et prescrivant ; puis prescrivant et rejetant encore, effaçant ici et là, demandant des additions ; ici allongeant, là faisant faire des coupures et étendant sa volonté jusqu’aux caractères, jusqu’à leurs mobiles et jusqu’aux actions des personnages. En cela, était-il un égoïste maladif ou bien un orgueilleux parvenu qui, devenu vaniteux par le succès de soa Freischütz, voulait commander en despote, quand la nature des choses exigeait qu’il obéit ? Non.

Ce qui parlait en lui avec une excitation passionnée, c’était le souci honnête du musicien qui, poussé par les circonstances, avait entrepris de construire avec la mélodie absolue le drame même. Weber tombait là dans une erreur profonde, mais dans une erreur inévitable, fatale. Ayant élevé la mélodie au plus haut degré de noblesse, il voulait maintenant la couronner muse du drame et de sa