Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t2.djvu/15

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furent presque aussitôt mis en accusation. Dès le 9 novembre, un précédent décret avait frappé les autres émigrés : c’était dans ces rangs déjà proscrits que j’accourais me placer ; d’autres auraient peut-être reculé, mais la menace du plus fort me fait toujours passer du côté du plus faible : l’orgueil de la victoire m’est insupportable.

En me rendant du Havre à Saint-Malo, j’eus lieu de remarquer les divisions et les malheurs de la France : les châteaux brûlés ou abandonnés ; les propriétaires, à qui l’on avait envoyé des quenouilles, étaient partis ; les femmes vivaient réfugiées dans les villes. Les hameaux et les bourgades gémissaient sous la tyrannie des clubs affiliés au club central des Cordeliers, depuis réuni aux Jacobins. L’antagoniste de celui-ci, la Société monarchique ou des Feuillants, n’existait plus[1]; l’ignoble dénomination de sans-culotte était de-

    démit de son mandat le 6 mai 1790, émigra, rejoignit l’armée des princes et commanda, sous le comte d’Artois, le corps de la noblesse d’Auvergne. Il fut décrété d’accusation le 1er janvier 1792. Rentré en France sous le Consulat, il vécut dans la retraite jusqu’à sa mort, arrivée le 30 avril 1810.

  1. Le 16 juillet 1791, à propos de la pétition pour la déchéance rédigée par Laclos, une scission se produisit dans la Société des Amis de la Constitution, séante aux Jacobins. Barnave, Dupont, les Lameth et tous les autres membres de la société qui faisaient partie de l’Assemblée constituante, à l’exception de Robespierre, Petion, Rœderer, Coroller, Buzot et Grégoire, abandonnèrent les Jacobins et fondèrent une société rivale, qui se réunit, elle aussi, rue Saint-Honoré, en face de la place de Louis-le-Grand (la place Vendôme), dans l’ancienne église des Feuillants. Les journaus jacobins crièrent haro sur ce club monarchico-aristocratico-constitutionnel ; ils demandèrent que cette société turbulente et pestilentielle fût chassée de l’enceinte des Feuillants. Le 27 décembre 1791, l’Assemblée législative décréta qu’aucune société politique ne pourrait être établie