Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t2.djvu/16

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venue populaire ; on n’appelait le roi que monsieur Veto ou mons Capet.

Je fus reçu tendrement de ma mère et de ma famille, qui cependant déploraient l’inopportunité de mon retour. Mon oncle, le comte de Bedée, se disposait à passer à Jersey avec sa femme, son fils et ses filles. Il s’agissait de me trouver de l’argent pour rejoindre les princes. Mon voyage d’Amérique avait fait brèche à ma fortune ; mes propriétés étaient presque anéanties dans mon partage de cadet par la suppression des droits féodaux ; les bénéfices simples qui me devaient échoir en vertu de mon affiliation à l’ordre de Malte étaient tombés avec les autres biens du clergé aux mains de la nation. Ce concours de circonstances décida de l’acte le plus grave de ma vie ; on me maria, afin de me procurer le moyen de m’aller faire tuer au soutien d’une cause que je n’aimais pas.

Vivait retiré à Saint-Malo M. de Lavigne[1], chevalier de Saint-Louis, ancien commandant de Lorient. Le comte d’Artois avait logé chez lui dans cette dernière ville lorsqu’il visita la Bretagne : charmé de son hôte, le prince lui promit de lui accorder tout ce qu’il demanderait dans la suite.

M. de Lavigne eut deux fils : l’un d’eux[2] épousa

    dans l’enceinte des ci-devants Feuillants et Capucins. Voir au tome II du Journal d’un bourgeois de Paris pendant la Terreur par Edmond Biré, le chapitre sur la Société des Feuillants.

  1. M. Buisson de la Vigne, ancien capitaine de vaisseau de la Compagnie des Indes. Il avait été anobli en 1776.
  2. Alexis-Jacques Buisson de la Vigne, directeur de la Compagnie des Indes à Lorient, avait épousé dans cette ville, en 1770, Céleste Rapion de la Placelière, originaire de Saint-Malo.