Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t2.djvu/497

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Pourtant ma démission avait accru ma renommée : un peu de courage sied toujours bien en France. Quelques-unes des personnes de l’ancienne société de madame de Beaumont m’introduisirent dans de nouveaux châteaux.

M. de Tocqueville[1], beau-frère de mon frère et tuteur de mes deux neveux orphelins, habitait le château de madame de Senozan : c’étaient partout des héritages d’échafaud[2]. Là, je voyais croître mes neveux avec leurs trois cousins de Tocqueville, entre lesquels s’élevait Alexis, auteur de la Démocratie en Amérique. Il était plus gâté à Verneuil que je ne l’avais été à Combourg. Est-ce la dernière renommée que j’aurai vue ignorée dans ses langes ? Alexis de Tocqueville a parcouru l’Amérique civilisée dont j’ai parcouru les forêts[3].

Verneuil a changé de maître ; il est devenu possession de madame de Saint-Fargeau, célèbre par son père et par la Révolution qui l’adopta pour fille.

Près de Mantes, au Ménil, était madame de Ro-

  1. Sur M. de Tocqueville, petit-gendre de Malesherbes, voir, au tome I, la note 2 de la page 232 (note 38 du Livre V).
  2. Anne-Nicole Lamoignon de Blancménil, sœur de Malesherbes et femme du président de Senozan. Elle fut guillotinée quelques jours après son frère, le 21 floréal an II (10 mai 1794), le même jour que Madame Élisabeth. La marquise de Senozan était âgée de 76 ans. Son château, devenu plus tard la propriété de son petit-neveu, le comte de Tocqueville, était le château de Verneuil (Seine-et-Oise).
  3. Alexis-Charles-Henri Cléret de Tocqueville, né à Verneuil le 29 juillet 1805, mort à Cannes le 16 avril 1859. Député de 1839 à 1848, représentant du peuple de 1848 à 1851, ministre des Affaires étrangères du 3 juin au 30 octobre 1849. Il était membre de l’Académie française depuis le 23 décembre 1841. Outre ses deux grands ouvrages sur la Démocratie en Amérique et sur l’Ancien régime et la Révolution, il a laissé des Souvenirs, publiés en 1893 par son neveu le comte de Tocqueville.