Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/130

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

saules ses contemporains : l’arbre décrépit et tombé est mutilé chaque jour par les pèlerins. La sépulture est entourée d’un grillage en fonte ; trois dalles sont posées transversalement sur la fosse ; quelques iris croissent aux pieds et à la tête ; la fontaine de la vallée coule encore là où des jours prodigieux se sont taris. Des voyageurs apportés par la tempête croient devoir consigner leur obscurité à la sépulture éclatante. Une vieille s’est établie auprès et vit de l’ombre d’un souvenir ; un invalide fait sentinelle dans une guérite.

Le vieux Longwood, à deux cents pas du nouveau, est abandonné. À travers un enclos rempli de fumier, on arrive à une écurie ; elle servait de chambre à coucher à Bonaparte. Un nègre vous montre une espèce de couloir occupé par un moulin à bras et vous dit : « Here he dead, ici il mourut. » La chambre où Napoléon reçut le jour n’était vraisemblablement ni plus grande ni plus riche.

Au nouveau Longwood, Plantation House, chez le gouverneur, on voit le duc de Wellington en peinture et les tableaux de ses batailles. Une armoire vitrée renferme un morceau de l’arbre près duquel se trouvait le général anglais à Waterloo ; cette relique est placée entre une branche d’olivier cueillie au jardin des Olives et des ornements de sauvages de la mer du Sud : bizarre association des abuseurs des vagues. Inutilement le vainqueur veut ici se substituer au vaincu, sous la protection d’un rameau de la Terre sainte et du souvenir de Cook ; il suffit qu’on retrouve à Sainte-Hélène la solitude, l’Océan et Napoléon.