Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/161

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chez madame la duchesse de Lévis. Il devint le chef de l’opposition royaliste dans la Chambre élective, comme je l’étais dans la Chambre héréditaire. Il avait pour ami son collègue M. de Corbière[1]. Celui-ci ne le quittait plus, et l’on disait Villèle et Corbière, comme on dit Oreste et Pylade, Euryale et Nisus.

Entrer dans de fastidieux détails pour des personnages dont on ne saura pas le nom demain serait d’une vanité idiote. D’obscurs et ennuyeux remuements, qu’on croit d’un intérêt immense et qui n’intéressent personne ; des tripotages passés, qui n’ont déterminé aucun événement majeur, doivent être laissés à ces béats heureux, lesquels se figurent être ou avoir été l’objet de l’attention de la terre.

Il y avait pourtant des moments d’orgueil où mes démêlés avec M. de Villèle me paraissaient être à moi-même les dissensions de Sylla et de Marius, de César et de Pompée. Avec les autres membres de l’opposition, nous allions assez souvent, rue Thérèse, passer la soirée en délibération chez M. Piet[2]. Nous

    Son petit-fils, M. de Neuville, a publié les Mémoires et Correspondance du comte de Villèle, 5 vol. in-8o, 1889.

  1. Jacques-Joseph-Guillaume-François-Pierre, comte de Corbière (1766-1803). Il a fait partie, en 1797, du Conseil des Cinq-Cents ; mais, à partir de 1815, sa fortune politique se confond entièrement avec celle de M. de Villèle. Tous deux sont députés de 1815 à 1828 ; tous deux sont ministres en titre, du 14 décembre 1821 au 4 janvier 1828, l’un aux finances et l’autre à l’intérieur. Louis XVIII les a fait comtes le même jour ; le même jour, Charles X les fait pairs de France. Après les journées de Juillet, tous deux se retirent dans leur province, pour mourir à peu de mois de distance, Corbière en 1853. Villèle en 1854.
  2. Jean-Pierre Piet-Tardiveau (1763-1848), député de 1815 à 1819 et de 1820 à 1828. Les députés de l’opposition de droite, en