Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/178

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Quelque temps avant les couches de la princesse, trois dames de la halle de Bordeaux, au nom de toutes les dames leurs compagnes, firent faire un berceau et me choisirent pour les présenter, elles et leur berceau, à madame la duchesse de Berry. Mesdames Dasté, Duranton, Aniche[1], m’arrivèrent. Je m’empressai de demander aux gentilshommes de service l’audience d’étiquette. Voilà que M. de Sèze crut qu’un tel honneur lui appartenait de droit : il était dit que je ne réussirais jamais à la cour. Je n’étais pas encore réconcilié avec le ministère, et je ne parus pas digne de la charge d’introducteur de mes humbles ambassadrices. Je me tirai de cette grande négociation comme de coutume, en payant leur dépense.

Tout cela devint une affaire d’État ; le cancan passa dans les journaux. Les dames bordelaises en eurent connaissance et m’écrivirent à ce sujet la lettre qui suit :


« Bordeaux, le 24 octobre 1820.

« Monsieur le vicomte,

« Nous vous devons des remercîments pour la bonté que vous avez eue de mettre aux pieds de madame la duchesse de Berry notre joie et nos respects : pour cette fois du moins on ne vous aura

  1. « Aniche, synonyme gascon d’Annette et diminutif d’Anne. Aniche était fort belle, et s’était fait connaître sons l’Empire par l’ardeur de son royalisme. Je l’ai admirée à Bordeaux, en 1815, louant des chaises à tous les promeneurs des allées de Tourny : elle n’avait pas d’autre fortune ». Marcellus, Chateaubriand et son temps, p. 248.