Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/202

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et des coups de bâton ; puis enfin un homard ou un pâté d’anguille qui mit fin aux jours d’un vieux grand homme, lequel voulait vivre : voilà de quoi s’occupa la société privée de ce temps de lettres et de batailles. — Et, nonobstant, Frédéric a renouvelé l’Allemagne, établi un contre-poids à l’Autriche, et changé tous les rapports et tous les intérêts politiques de la Germanie.

Dans les nouveaux règnes nous trouvons le Palais de marbre, madame Rietz[1] avec son fils, Alexandre, comte de La Marche, la baronne de Stoltzenberg, maîtresse du margrave Schwed, autrefois comédienne, le prince Henri[2] et ses amis suspects, mademoiselle Voss, rivale de madame Rietz, une intrigue de bal masqué entre un jeune Français et la femme d’un général prussien, enfin madame de F…, dont on peut lire l’aventure dans l’Histoire secrète de la cour de Berlin[3] : qui sait tous ces noms ? qui se rappellera les nôtres ? Aujourd’hui, dans la capitale de la Prusse, c’est à peine si des octogénaires ont conservé la mémoire de cette génération passée.

  1. Wilhelmine Enke, femme Rietz, comtesse de Lichtenau (1754-1820). Fille d’un musicien de la chapelle royale de Prusse, elle devint à seize ans la maîtresse du prince royal, fils du grand Frédéric, qui lui fit épouser un de ses valets de chambre nommé Rietz, et qui, devenu roi en 1786 sous le nom de Frédéric-Guillaume II, la revêtit du titre de comtesse de Lichtenau. Elle a écrit des Mémoires, qui ont été traduits en français (1809).
  2. Le prince Henri de Prusse, frère du grand Frédéric, né en 1726. Il contribua puissamment aux succès de son frère pendant la guerre de Sept ans. Ami de la France, et surtout de ses philosophes, dont il partageait, comme son frère, les idées antichrétiennes, il était venu à Paris en 1788 pour y passer la fin de sa vie ; mais la Révolution le força de s’éloigner. Il mourut à son château de Rheinsberg en 1802.
  3. Histoire secrète de la cour de Berlin, par Mirabeau.