Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/201

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la répétition des mêmes aventures dans la société privée.

Frédéric-Guillaume ier, père du grand Frédéric, homme dur et bizarre, fut élevé par madame de Rocoules, la réfugiée : il aima une jeune femme qui ne put l’adoucir ; son salon fut une tabagie. Il nomma le bouffon Gundling président de l’Académie royale de Berlin ; il fit enfermer son fils dans la citadelle de Custrin, et Quatt eut la tête tranchée devant le jeune prince ; c’était la vie privée de ce temps. Le grand Frédéric, monté sur le trône, eut une intrigue avec une danseuse italienne, la Barbarini, seule femme dont il s’approcha jamais : il se contenta de jouer de la flûte la première nuit de ses noces sous la fenêtre de la princesse Élisabeth de Brunswick lorsqu’il l’épousa. Frédéric avait le goût de la musique et la manie des vers. Les intrigues et les épigrammes des deux poètes, Frédéric et Voltaire, troublèrent madame de Pompadour, l’abbé de Bernis et Louis XV. La margrave de Bayreuth[1] était mêlée dans tout cela avec de l’amour, comme en pouvait avoir un poète. Des cercles littéraires chez le roi, puis des chiens sur des fauteuils malpropres ; puis des concerts devant des statues d’Antinoüs ; puis des grands dîners ; puis beaucoup de philosophie ; puis la liberté de la presse

  1. Sophie-Wilhelmine, margravine de Bayreuth (1709-1758), fille du roi de Prusse Frédéric-Guillaume ier et sœur du grand Frédéric. Elle épousa en 1731 l’héritier du margraviat de Bayreuth. Voltaire a écrit une Ode sur sa mort. Elle a laissé des Mémoires qui vont de 1706 à 1742 et qui renferment les plus intéressants détails sur l’intérieur de la cour de Prusse. La Correspondance de cette princesse avec Frédéric II a été imprimée dans les Œuvres de ce dernier (tome XXVII).