Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/219

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mais, malgré tous les calculs que faisait ma raison, trois semaines ou pour mieux dire vingt-trois jours sont bien longs pour l’amitié dans la privation, et rester sans nouvelles ressemble au plus triste exil : il me restait pourtant le souvenir et l’espérance. »

« Le 15 mai.

« Ce n’est pas de mon étrier, comme le Grand Turc, mais toujours de mon lit, que je vous écris ; mais cette retraite m’a donné tout le temps de réfléchir au nouveau régime que vous voulez faire tenir à Henri V. J’en suis très contente ; le lion rôti ne pourra que lui faire grand bien ; je vous conseille seulement de le faire commencer par le cœur. Il faudra faire manger de l’agneau à l’autre de vos élèves (Georges) pour qu’il ne fasse pas trop le diable à quatre. Il faut absolument que ce plan d’éducation se réalise et que Georges et Henri V deviennent bons amis et bons alliés. »

Madame la duchesse de Cumberland continua de m’écrire des eaux d’Ems, ensuite des eaux de Schwalbach, et après de Berlin, où elle revint le 22 septembre de l’année 1821. Elle me mandait d’Ems : « Le couronnement en Angleterre se fera sans moi ; je suis peinée que le roi ait fixé, pour se faire couronner, le jour le plus triste de ma vie : celui auquel j’ai vu mourir cette sœur adorée (la reine de Prusse)[1]. La mort de Bonaparte m’a aussi fait penser aux souffrances qu’il lui a causées. »

  1. Le couronnement de George IV, roi d’Angleterre, eut lieu le 19 juillet 1821. La reine Louise de Prusse était morte le 19 juillet 1810.