Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/249

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pas dit un mot. Changeant de sujet, il m’a parlé du message par lequel le président des États-Unis engage le congrès à reconnaître l’indépendance des colonies espagnoles. « Les intérêts commerciaux, lui ai-je dit, en pourront tirer quelque avantage, mais je doute que les intérêts politiques y trouvent le même profit ; il y a déjà assez d’idées républicaines dans le monde. Augmenter la masse de ces idées, c’est compromettre de plus en plus le sort des monarchies en Europe. » Lord Londonderry a abondé dans mon sens, et il m’a dit ces mots remarquables : « Quant à nous (les Anglais), nous ne sommes nullement disposés à reconnaître ces gouvernements révolutionnaires. » Était-il sincère ?

« J’ai dû, monsieur le vicomte, vous rappeler textuellement une conversation importante. Toutefois, nous ne devons pas nous dissimuler que l’Angleterre reconnaîtra tôt ou tard l’indépendance des colonies espagnoles ; l’opinion publique et le mouvement de son commerce l’y forceront. Elle a déjà fait, depuis trois ans, des frais considérables pour établir secrètement des relations avec les provinces insurgées au midi et au nord de l’isthme de Panama.

« En résumé, monsieur le vicomte, j’ai trouvé dans M. le marquis de Londonderry un homme d’esprit, d’une franchise peut-être un peu douteuse ; un homme encore imbu du vieux système ministériel ; un homme accoutumé à une diplomatie soumise, et surpris, sans en être blessé, d’un langage plus digne de la France ; un homme enfin qui ne pouvait se défendre d’une sorte d’étonnement en causant