Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/265

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C’est un homme plein de ressources, qui ne dit jamais que ce qu’il veut dire ; on serait quelquefois tenté de le croire bonhomme. Il a dans la voix, le rire, le regard, quelque chose de M. Pozzo di Borgo. Ce n’est pas précisément la confiance qu’il inspire. »

La dépêche finit ainsi : « Si l’Europe est obligée de reconnaître les gouvernements de fait en Amérique, toute sa politique doit tendre à faire naître des monarchies dans le nouveau monde, au lieu de ces républiques révolutionnaires qui nous enverront leurs principes avec les produits de leur sol.

« En lisant cette dépêche, monsieur le vicomte, vous éprouverez sans doute comme moi un mouvement de satisfaction. C’est déjà avoir fait un grand pas en politique que d’avoir forcé l’Angleterre à vouloir s’associer avec nous dans des intérêts sur lesquels elle n’eût pas daigné nous consulter il y a six mois. Je me félicite en bon Français de tout ce qui tend à replacer notre patrie à ce haut rang qu’elle doit occuper parmi les nations étrangères. »

Cette lettre était la base de toutes mes idées et de toutes les négociations sur les affaires coloniales dont je m’occupai pendant la guerre d’Espagne, près d’un an avant que cette guerre éclatât.


Le 17 mai j’allai à Covent-Garden, dans la loge du duc d’York. Le roi parut. Ce prince, jadis détesté, fut salué par des acclamations telles qu’il n’en aurait pas autrefois reçu de semblables des moines, habitants de cet ancien couvent. Le 26, le duc d’York vint dîner à l’ambassade : George IV était fort tenté de me faire le