Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/266

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même honneur ; mais il craignait les jalousies diplomatiques de mes collègues.

Le vicomte de Montmorency refusa d’entrer en négociations sur les colonies espagnoles avec le cabinet de Saint-James. J’appris, le 19 mai, la mort presque subite de M. le duc de Richelieu[1]. Cet honnête homme avait supporté patiemment sa première retraite du ministère ; mais les affaires venant à lui manquer trop longtemps, il défaillit parce qu’il n’avait pas une double vie pour remplacer celle qu’il avait perdue. Le grand nom de Richelieu n’a été transmis jusqu’à nous que par des femmes.

Les révolutions continuaient en Amérique. Je mandais à M. de Montmorency :


No 26.
Londres, 28 mai 1822.

« Le Pérou vient d’adopter une constitution monarchique. La politique européenne devrait mettre tous ses soins à obtenir un pareil résultat pour les colonies qui se déclarent indépendantes. Les États-Unis

  1. À sa sortie du ministère, le duc de Richelieu avait projeté de faire, au printemps de 1822, un voyage à Vienne et à Odessa. Avant de partir, il était allé passer quelque temps au château de Courteille, auprès de sa femme et de sa belle-mère ; là, il se sentit assez sérieusement souffrant, et se hâta de rentrer à Paris. À peine y était-il arrivé qu’une congestion cérébrale le frappait. Son vieil ami, l’abbé Nicolle, accourut à son chevet, pendant que l’abbé Feutrier, curé de l’Assomption, lui administrait les derniers sacrements. Le duc parut s’associer aux prières qu’on faisait pour lui, et serra les mains de l’abbé Nicolle ; des larmes coulèrent de ses yeux ; puis il expira doucement, le 17 mai 1822, à onze heures du soir ; il était âgé de cinquante-cinq ans et huit mois (Souvenirs du duc de Rochechouart, p. 498).