Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/270

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nai une fête au prince et à la princesse de Danemarck : le duc d’York s’y était invité.

C’eût été une chose importante jadis que la bienveillance avec laquelle me traitait la marquise de Conyngham : elle m’apprit que l’idée du voyage de S. M. B. au continent n’était pas tout à fait abandonnée. Je gardai religieusement ce grand secret dans mon sein. Que de dépêches importantes sur cette parole d’une favorite au temps de mesdames de Verneuil, de Maintenon, des Ursins, de Pompadour ! Du reste, je me serais échauffé mal à propos pour obtenir quelques renseignements de la cour de Londres : en vain vous parlez, on ne vous écoute pas.


Lord Londonderry surtout était impassible : il embarrassait à la fois par sa sincérité de ministre et sa retenue d’homme. Il expliquait franchement de l’air le plus glacé sa politique et gardait un silence profond sur les faits. Il avait l’air indifférent à ce qu’il disait comme à ce qu’il ne disait pas ; on ne savait ce qu’on devait croire de ce qu’il montrait ou de ce qu’il cachait. Il n’aurait pas bougé quand vous lui auriez lâché un saucisson dans l’oreille, comme dit Saint-Simon.

Lord Londonderry avait un genre d’éloquence irlandaise qui souvent excitait l’hilarité de la Chambre des lords et la gaieté du public ; ses blunders étaient célèbres, mais il arrivait aussi quelquefois à des traits d’éloquence qui transportaient la foule, comme ses paroles à propos de la bataille de Waterloo : je les a rappelées.

Lord Harrowby était président du conseil ; il par-