Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/300

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

exclamation sublime dans la bouche de la fille de Louis XVI : « Il est donc prouvé qu’on peut sauver un roi malheureux ! »

Le dimanche, je retournai avant le conseil faire ma cour à la famille royale ; l’auguste princesse dit à chacun de mes collègues un mot obligeant : elle ne m’adressa pas une parole. Je ne méritais pas sans doute un tel honneur. Le silence de l’orpheline du Temple ne peut jamais être ingrat : le Ciel a droit aux adorations de la terre et ne doit rien à personne.

Je traînai ensuite jusqu’à la Pentecôte ; pourtant mes amis n’étaient pas sans inquiétude ; ils me disaient souvent : Vous serez renvoyé demain. Tout à l’heure si l’on veut, répondais-je. Le jour de la Pentecôte, 6 juin 1824, j’étais arrivé dans les premiers salons de Monsieur : un huissier vint me dire qu’on me demandait. C’était Hyacinthe, mon secrétaire. Il m’annonça en me voyant que je n’étais plus ministre. J’ouvris le paquet qu’il me présentait ; j’y trouvai ce billet de M. de Villèle :


« Monsieur le vicomte,

« J’obéis aux ordres du roi en transmettant de suite à Votre Excellence une ordonnance que Sa Majesté vient de rendre.

« Le sieur comte de Villèle, président de notre conseil des ministres, est chargé par intérim du portefeuille des affaires étrangères, en remplacement du sieur vicomte de Chateaubriand. »