Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/313

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honnête homme. Je suis heureux de produire ce touchant témoignage du courage, de la loyauté et de l’élévation d’âme de M. de La Ferronnays. Au moment où je reçus ce billet, il me fut une compensation très supérieure aux faveurs capricieuses et banales de la fortune. Ici seulement, pour la première fois, je crois devoir violer le secret honorable que me recommandait l’amitié.


M. DE LA FERRONNAYS À M. DE CHATEAUBRIAND.

« Saint-Pétersbourg, le 4 juillet 1824.

« Le courrier russe arrivé avant-hier m’a remis votre petite lettre du 16 ; elle devient pour moi une des plus précieuses de toutes celles que j’ai eu le bonheur de recevoir de vous ; je la conserve comme un titre dont je m’honore, et j’ai la ferme espérance et l’intime conviction que bientôt je pourrai vous le présenter dans des circonstances moins tristes. J’imiterai, monsieur le vicomte, l’exemple que vous me donnez, et ne me permettrai aucune réflexion sur l’événement qui vient de rompre d’une manière si brusque et si peu attendue les rapports que le service établissait entre vous et moi ; la nature même de ces rapports, la confiance dont vous m’honoriez, enfin des considérations bien plus graves, puisqu’elles ne sont pas exclusivement personnelles, vous expliqueront assez les motifs et toute l’étendue de mes regrets. Ce qui vient de se passer reste encore pour moi entièrement inexplicable ; j’en ignore absolument les causes, mais j’en