Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/312

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vous bien ; soyez plus heureux que moi, et croyez que vous me retrouverez dans toutes les circonstances de la vie. J’écris un mot à l’empereur.

« Chateaubriand[1]. »

La réponse à cet adieu m’arriva dans les premiers jours d’août. M. de La Ferronnays avait consenti aux fonctions d’ambassadeur sous mon ministère ; plus tard je devins à mon tour ambassadeur sous le ministère de M. de La Ferronnays : ni l’un ni l’autre n’avons cru monter ou descendre. Compatriotes et amis, nous nous sommes rendu mutuellement justice. M. de La Ferronnays a supporté les plus rudes épreuves sans se plaindre ; il est resté fidèle à ses souffrances et à sa noble pauvreté. Après ma chute, il a agi pour moi à Pétersbourg comme j’aurais agi pour lui : un honnête homme est toujours sûr d’être compris d’un

  1. Chateaubriand eut sans doute à écrire bien d’autres lettres à l’occasion de son renvoi du ministère. Au comte de Montlosier, son ancien camarade d’émigration à Londres, qui lui avait fait parvenir, du fond de son Auvergne, une lettre de condoléances, il répondait, le 20 juin 1824, par ce joli billet :

    « Je vous remercie, mon ancien ami. Si vous aviez été à Paris, j’aurais reçu avec reconnaissance les conseils de votre expérience et de vos lumières. Vos troupeaux sont moins difficiles à gouverner que ceux que je conduisais. Il vous reste au moins une montagne et des moutons. Moi, je n’ai qu’un grenier et deux chattes qui regretteront, je vous assure, plus que moi, le ministère. Il est dur de passer d’un perdreau à une souris. Aussi j’entre dans leurs peines. Au reste, vous voyez que l’on m’a mis à la porte, comme si j’avais volé la montre du roi sur la cheminée. Si vous entendez dire cela dans votre Auvergne, défendez-moi, je vous prie. Je vous assure que je suis sorti du ministère les mains nettes. Conservez-moi bien votre amitié et comptez à jamais sur la mienne.

    « Chateaubriand. ».