Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/317

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par M. de Sainte-Beuve, en avait décrit la société dans les Lettres Neuchâteloises : mais Juliane, mademoiselle de La Prise, Henri Meyer[1], n’étaient plus là ; je n’y voyais que le pauvre Fauche-Borel[2], de l’ancienne émigration : il se jeta bientôt après par sa fenêtre. Les jardins peignés de M. Pourtalès[3] ne me charmaient pas plus qu’un rocher anglais élevé de main d’homme dans une vigne voisine en regard du Jura.

    mans dont la réputation ne se fit qu’après sa mort. Son premier ouvrage, les Lettres Neuchâteloises (1784), est un chef-d’œuvre, au jugement de Sainte-Beuve : « Un pathétique discret et doucement profond, dit-il, s’y mêle à la vérité railleuse, au ton naïf des personnages, à la vie familière et de petite ville prise sur le fait. Quelque chose du détail hollandais… avec une rapidité bien française… Rien qui sente l’auteur ; rien même qui sente le peintre. » Vinrent ensuite plusieurs autres romans, dont les meilleurs sont : Caliste ou Lettres écrites de Lausanne (1786), et les Trois femmes (1797). Sainte-Beuve a consacré à Mme de Charrière, dans ses Portraits de femmes, une de ses plus pénétrantes études.

  1. Personnages des Lettres Neuchâteloises.
  2. Louis Fauche-Borel (1762-1829) était imprimeur à Neuchâtel au moment de la Révolution française. Il se voua à la cause des Bourbons et fut jusqu’en 1814 un de leurs agents les plus actifs ; il leur servit notamment d’intermédiaire auprès de Pichegru, de Barras et de Moreau. Emprisonné sous le Directoire, jeté au Temple sous le Consulat, il ne sortit de cette dernière prison, après 18 mois de captivité, que sur la demande du roi le Prusse, qui le réclama comme un de ses sujets. Après la Restauration, il ne fut payé que d’ingratitude et retourna à Neuchâtel, où il vécut dans la misère et où il mit fin à ses jours en se précipitant par une fenêtre, comme le dit Chateaubriand. Il a laissé des Mémoires (1830, 4 vol. in-8o), qui renferment de curieuses révélations.
  3. Louis, comte de Pourtalès (1773-1848), gouverneur de Neuchâtel. Il était aussi riche que son compatriote Fauche-Borel était pauvre. Son père avait fait dans le commerce une fortune qui dépassait cent millions.