Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/321

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« Voilà ce que m’a chanté, au retour de ma course, un petit Savoyard arrivé tout juste à Reims. « Et qu’es-tu venu faire ici ? lui ai-je dit. — Je suis venu au sacre, monsieur. — Avec ta marmotte ? — Oui monsieur, avecque mi, avecque mi, avecque ma marmotte, m’a-t-il répondu en dansant et en tournant. — Eh bien, c’est comme moi, mon garçon. »

« Cela n’était pas exact : j’étais venu au sacre sans marmotte, et une marmotte est une grande ressource ; je n’avais dans mon coffret que quelque vieille songerie qui ne m’aurait pas fait donner un petit sou par le passant pour la voir grimper autour d’un bâton.

« Louis XVII et Louis XVIII n’ont point été sacrés ; le sacre de Charles X vient immédiatement après celui de Louis XVI. Charles X assista au couronnement de son frère ; il représentait le duc de Normandie, Guillaume le Conquérant. Sous quels heureux auspices Louis XVI ne montait-il pas au trône ? Comme il était populaire en succédant à Louis XV ! Et pourtant, qu’est-il devenu ? Le sacre actuel sera la représentation d’un sacre, non un sacre : nous verrons le maréchal Moncey, acteur au sacre de Napoléon ; ce maréchal qui jadis célébra dans son armée la mort du tyran Louis XVI, nous le verrons brandir l’épée royale à Reims, en qualité de comte de Flandre ou de duc d’Aquitaine. À qui cette parade pourrait-elle faire illusion ? Je n’aurais voulu aujourd’hui aucune pompe : le roi à cheval, l’église nue, ornée seulement de ses vieilles voûtes et de ses vieux tombeaux ; les deux Chambres présentes, le serment de fidélité à la Charte prononcé à haute