Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/320

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duisant bien l’affaire d’Espagne ; j’ai fait adopter la Charte, et j’ai su retrouver une armée, les deux seules choses avec lesquelles le roi puisse régner au dedans et au dehors : quel rôle m’est réservé au sacre ? celui d’un proscrit. Je viens recevoir dans la foule un cordon prodigué, que je ne tiens pas même de Charles X. Les gens que j’ai servis et placés me tournent le dos. Le roi tiendra mes mains dans les siennes ; il me verra à ses pieds sans être ému, quand je prêterai mon serment, comme il me voit sans intérêt recommencer mes misères. Cela me fait-il quelque chose ? Non. Délivré de l’obligation d’aller aux Tuileries, l’indépendance compense tout pour moi.

« J’écris cette page de mes Mémoires dans la chambre où je suis oublié au milieu du bruit. J’ai visité ce matin Saint-Rémi et la cathédrale décorée de papier peint. Je n’aurai eu une idée claire de ce dernier édifice que par les décorations de la Jeanne d’Arc de Schiller, jouée devant moi à Berlin : des machines d’opéra m’ont fait voir au bord de la Sprée ce que des machines d’opéra me cachent au bord de la Vesle : du reste, j’ai pris mon divertissement parmi les vieilles races, depuis Clovis avec ses Francs et son pigeon descendu du ciel, jusqu’à Charles VII, avec Jeanne d’Arc.

Je suis venu de mon pays

Pas plus haut qu’une botte,
Avecque mi, avecque mi,

Avecque ma marmotte.

« Un petit sou, monsieur, s’il vous plaît !