Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/346

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put lui montrer les ouvrages d’Homère. Je ne sais si Annibal n’eut pas un peu trop de violence quand il jeta hors de son siège le sénateur qui parlait contre son avis. Si j’étais admis à dire ma façon de penser sur Achille, peut-être ne l’approuverais-je pas de s’être séparé de l’armée des Grecs pour je ne sais quelle petite fille qui lui fut enlevée. Après cela, il suffit de prononcer les noms d’Alcibiade, d’Annibal et d’Achille, pour que toute contention soit finie. Il en est de même aujourd’hui de l’iracundus, inexorabilis Chateaubriand. Quand on a prononcé son nom, tout est fini. Avec ce nom, quand je me dis moi-même : il se plaint, je sens s’émouvoir ma tendresse ; quand je me dis : la France lui doit, je me sens pénétré de respect. Oui, mon ami, la France vous doit. Il faut qu’elle vous doive encore davantage ; elle a recouvré de vous l’amour de la religion de ses pères : il faut lui conserver ce bienfait ; et pour cela, il faut la préserver de l’erreur de ses prêtres, préserver ces prêtres eux-mêmes de la pente funeste où ils se sont placés.

« Mon cher ami, vous et moi n’avons cessé depuis longues années de combattre. C’est de la prépondérance ecclésiastique se disant religieuse qu’il nous reste à préserver le roi et l’État. Dans les anciennes situations, le mal avec ses racines était au dedans de nous : on pouvait les circonvenir et s’en rendre maître. Aujourd’hui les rameaux qui nous couvrent au dedans ont leurs racines au dehors. Des doctrines couvertes du sang de Louis XVI et de Charles ier ont consenti à laisser leur place à des doctrines teintes du sang d’Henri IV et d’Henri III. Ni vous